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06.03.2008
MUNIPALES
Un sondage, Messieurs
les candidats ?
Omniprésents dans la campagne pour les municipales, les sondages appauvrissent la démocratie.
Acculé par un sondage « confidentiel » défavorable, le candidat UMP à Neuilly, David Martinon, accepte de se retirer avant même le verdict des électeurs, le samedi 9 février. Ce même jour, le collectif Sondons les Sondages organisait une représentation théâtrale, place de la République à Paris: un débat imaginaire opposait deux candidats à une élection. Le candidat soutenu par la foule des électeurs renonçait à la compétition électorale, suite à un mauvais sondage. Difficile de croire que cette fiction allait devenir réalité quelques heures plus tard en banlieue neuilléenne.
Le retrait de David Martinon met au grand jour l’influence néfaste des sondages sur les stratégies politiques. Ce sondage, dont le commanditaire est inconnu, n’a pas été publié, et n’a donc pas été contrôlé par la Commission des sondages. A-t-il réellement existé ? La simple rumeur d’un sondage favorable ou non a la force suffisante pour recomposer le paysage électoral.
D’autres sondages, les jours précédents avaient pourtant prédit le succès de M.Martinon, sans bénéficier d’une large diffusion médiatique. Comment expliquer cette différence de traitement ? Comment ne pas soupçonner des manœuvres politiques derrière la diffusion du sondage ?
A Nice également, les sondages appartiennent à l’arsenal para-démocratique des candidats. Comme l’a révélé Le Canard Enchaîné (28 novembre 2007), le futur propriétaire de Nice-Matin, le groupe Hersant, aurait imposé dans ce quotidien un sondage très favorable au candidat Christian Estrosi. Un sondage qu’Hersant avait commandé sur mesure à l’institut TNS-Sofres.
Au-delà de ces exemples de manipulation électorale par les sondages, l’absence de recul des médias lorsqu’ils rapportent ces résultats est tout aussi critiquable. « Neuilly : le candidat soutenu par l'UMP élu au premier tour », « Municipales : Rachida Dati gagnante au second tour ». Ces quelques titres de la presse illustrent le manque de précaution (absence du conditionnel) des journalistes. Le chiffre fait loi, et se substitue à l’analyse des programmes électoraux et des situations locales.
« Les intentions de vote ne sont que la mesure actuelle des rapports de force politique et ne sont en aucun cas prédictif », nous avertissent les sondeurs. Hypocrisie : c’est bien pour leur caractère prédictif que ces sondages leur sont commandés.
La mise en avant systématique des sondages n’envisage le jeu politique que par rapport à la probabilité de victoire. La « compétition » électorale ne laisse plus de place à la « campagne » électorale, où s’exprime les convictions et engagements des acteurs politiques.
Sous prétexte de la représentation d’une « opinion publique » introuvable, les sondages désorientent les fondements de la démocratie représentative : les investitures accordées par les partis politiques sont remises en question, et le verdict des urnes est marginalisé car les sondages pré-sélectionnent les candidats.
Sous l’emprise d’une « sondagite aigüe », journalistes et hommes politiques se sont trop soumis. Le nombre grandissant de sondages publiés (1000 par an) étouffe le débat démocratique et rend nécessaire des règles plus strictes. Des échantillons de 500 à 800 personnes, tels que les entreprises de sondages les pratiquent durant ces municipales, ne peuvent pas se substituer à la démocratie et parler au nom de l’ensemble des Français. Si les méthodes des instituts de sondage ne souffrent d’aucune contestation, pourquoi n’acceptent-ils pas de publier leurs chiffres bruts (taux de non-réponse, redressements) ?
Ulcérés par le matraquage des sondages d’opinion, de plus en plus de citoyens ne reconnaissent pas la légitimité de cet instrument, pas plus que son utilisation politique. Le collectif Sondons les Sondages entend rassembler cette parole citoyenne afin de renouveler les pratiques politiques et journalistiques.
Collectif Sondons les Sondages !
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